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Délicieuse

Library Journal meilleure romance de 2008

Délicieuse Les plaisirs de la table, les plaisirs de la chair... Stuart Somerset s'intéresse peu à ces frivolités. Politicien plein d'avenir, il s'occupe de choses sérieuses. Alors pourquoi est-il bouleversé par les petits plats de sa nouvelle cuisinière ? C'est que Verity Durant cuisine avec son âme et son coeur. Et à mesure que ses papilles s'éveillent, Stuart se sent devenir gourmand, sensuel, obsédé par cette mystérieuse magicienne des fourneaux qui, du fin fond de sa cuisine, l'envoûte, le plonge malgré lui dans les affres de la volupté et réveille l'homme qu'il fut jadis : un homme qui, dix ans plus tôt, laissa échapper le bonheur... Une histoire délicieusement sensuelle... à déguster!

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Délicieuse

J'ai lu Aventures & Passions
Version Originale: Delicious
15 août 2010 ♦ Poche
ISBN-13: 9782290027127
ISBN-10: 229002712X

Extrait

L’histoire de Cendrillon devenue réalité ! commentèrent les gens a posteriori.

Délicieuse

D’accord, il manquait la gentille marraine. Mais, à part ça, il y avait bien tous les éléments du conte de fées.

Il y avait le Prince Charmant des temps modernes, qui n’était pas de sang bleu mais n’en demeurait pas moins un homme puissant : l’avocat le plus réputé de Londres, bras droit de William Gladstone1, et dont le destin était certainement d’emménager un jour au 10, Downing Street2.

Il y avait la pauvresse qui passait sa vie dans la cuisine. Si beaucoup la considéraient comme une moins que rien, d’autres voyaient en elle l’un des plus grands chefs cuisiniers de sa génération. On racontait que sa cuisine était si succulente que les vieillards retrouvaient l’appétit de leurs vingt ans et que les amants oubliaient de se regarder dans les yeux tant qu’ils n’avaient pas fini le contenu de leur assiette.

Il y avait le bal. Pas tout à fait le genre de bal somptueux qu’on trouve d’ordinaire dans les histoires et les contes, mais un bal quand même.

Il y avait bien sûr la vilaine parente au cœur empli de fiel. Et – anecdote qui a son importance pour les puristes – il y avait ces souliers oubliés par l’héroïne dans sa précipitation à fuir. Rien d’aussi extravagant que des pantoufles de verre, mais tout de même, une paire de chaussures adorée et entretenue année après année avec le soin méticuleux que donne l’espoir quand il refuse de mourir.

L’histoire de Cendrillon, donc. À quelques détails près.

Tout commença – ou tout se finit, selon le point de vue – le jour où Bertie Somerset mourut.

Yorkshire, novembre 1892

La cuisine de Fairleigh Park avait des dimensions hors normes. Elle était si grande qu’elle n’aurait pas déparé Chatsworth ou Blenheim1. En tout cas, elle était bien plus imposante que la cuisine qu’on se serait attendu à trouver dans un simple manoir de taille modeste comme Fairleigh Park.

Bertie Somerset avait fait rénover les lieux en 1877, peu de temps après avoir hérité du domaine, deux ans avant que Verity Durant n’entre à son service. Depuis, la cuisine comportait un cellier, une arrière-cuisine et un garde-manger, chacun de la superficie d’un petit cottage. Il y avait un placard pour la viande, un pour le gibier et un pour le poisson, deux fumoirs et une champignonnière qui, grâce au tas de fumier composté, fournissait des champignons comestibles à longueur d’année.

Dans la pièce principale, des caillebotis en chêne protégeaient les dalles grises rectangulaires aux endroits de passage les plus fréquents. En plus de l’antique cheminée, la cuisine était équipée de deux fourneaux à foyer fermé. Le plafond s’élevait à plus de cinq mètres. Les fenêtres, placées en hauteur, étaient exposées au nord et à l’est, afin de limiter au maximum le rayonnement solaire. En dépit de cela, la sueur coulait sur les fronts en hiver et, l’été, il régnait dans la salle une fournaise quasi intolérable.

Dans l’arrière-cuisine, trois bonnes se chargeaient de laver la vaisselle salie par les domestiques à l’heure du thé. L’une des aides-cuisinières de Verity était en train de farcir de minuscules aubergines sur le plan de travail central.

Les trois autres se tenaient à leurs postes respectifs et veillaient au bon déroulement du repas du soir, tant pour les domestiques, dans la salle de service, que pour le maître de céans, dans sa salle à manger.

La soupière venait d’être emportée. Dans son sillage flottait un délicieux parfum d’oignons caramélisés. Sur le fourneau, un bouillon au vin blanc mijotait doucement. Il constituerait la base de la sauce du filet de barbue qui venait d’y être poché.

Dans l’âtre de la cheminée rôtissait un quart de sarcelle qu’une servante s’appliquait à faire tourner sur sa broche, sans cesser de surveiller le civet de lièvre qui cuisait dans sa cassolette posée sur les braises. Il émanait du ragoût frémissant un puissant fumet de venaison chaque fois que la cuillère en bois plongeait dedans.

Pour Verity, les odeurs culinaires étaient aussi émouvantes que les sons d’un orchestre. Cette cuisine, c’était son domaine, son fief, son sanctuaire. Elle cuisinait avec une concentration absolue, presque entièrement détachée du reste, mais attentive à la moindre stimulation de ses sens et au moindre mouvement des membres de sa brigade.

Alertée par le silence, elle tourna la tête vers son aide- cuisinière préférée qui tardait à remuer le beurre noisette dans la casserole.

- Becky, le beurre ! lança-t-elle d’un ton sévère. En cuisine, sa voix était toujours sévère. - Oui, madame... Désolée ! bredouilla Becky Porter, rougissante. La petite savait fort bien que quelques secondes d’inattention suffisaient pour calciner un beurre noisette.

Verity lança un regard appuyé à Tim Cartwright, le marmiton qui surveillait la réduction du bouillon. Le garçon frémit. Il était étonnamment doué, ses sauces avaient la douceur du velours, et ses soufflés étaient d’une légèreté aérienne qui les faisait monter plus haut que la toque d’un chef. Mais Verity l’aurait chassé sans lettre de recommandation s’il s’était permis le moindre geste déplacé envers Becky, qui travaillait aux cuisines depuis ses treize ans.

Le beurre noisette serait en grande partie consommé durant le dîner, mais une portion serait mise de côté pour le souper tardif que le maître avait commandé : un steak au poivre, une douzaine d’huîtres sauce Mornay, des pommes dauphines, une tartelette au citron tiède et une demi-douzaine de crêpes au beurre noisette.

Délicieuse

Des crêpes au beurre noisette. C’était donc Mme Danner qui venait ce soir. Trois jours plus tôt, Bertie avait reçu la visite de Mme Childs. Plus les années passaient, plus sa libido devenait impétueuse.

Verity ôta le cassoulet de l’étuve et réprima un sourire à la pensée des scènes dantesques qui surviendraient si d’aventure Mme Danner et Mme Childs découvraient qu’elles se partageaient l’affection de Bertie.

La porte s’ouvrit brusquement et rebondit sur le buffet. Les couvercles en cuivre suspendus au mur tintèrent et l’un d’eux se détacha de son support. Sa chute sur le carrelage provoqua une cacophonie métallique qui résonna dans l’atmosphère enfumée de la cuisine.

Les sourcils froncés, Verity releva vivement la tête. Les valets savaient bien qu’il était interdit de traiter les portes de cette façon.

Dickie, le premier valet de pied, se tenait sur le seuil, le front couvert de sueur en dépit de la fraîcheur de ce mois de novembre.

- Madame ! haleta-t-il. M. Somerset... M. Somerset n’est pas très bien !

L’expression paniquée du domestique indiquait que ce « pas très bien » tenait de l’euphémisme.

Verity fit signe à Letty Briggs, son apprentie la plus expérimentée, pour lui enjoindre de la remplacer devant le fourneau. Elle s’essuya les mains sur un torchon propre et se dirigea vers la porte.

- Continuez votre travail, ordonna-t-elle à sa brigade, avant de refermer le battant derrière elle et le valet.

Celui-ci la précéda dans le couloir en toute hâte, si bien que Verity dut allonger le pas pour ne pas se laisser distancer.

- Que se passe-t-il, Dickie ? - Il est tout froid, madame ! - Quelqu’un est-il allé prévenir le docteur Sergeant ? - Mick vient tout juste de quitter les écuries. Verity avait oublié son châle. Il faisait froid dans le couloir.

qui reliait les cuisines à l’aile principale du manoir. Sur son visage et son cou, la moiteur se transforma aussitôt en sensation glacée. Dickie poussait les portes qui se dressaient sur leur passage : celle de l’office, celle d’un autre couloir, celle de la remise du majordome. Lorsqu’ils pénétrèrent enfin dans la salle à manger, Verity était tout essoufflée.

La pièce était déserte. Il n’y avait là – vision sinistre – qu’une chaise renversée et, sur le sol, tout près, une petite flaque d’eau. Un peu plus loin, un verre de cristal avait roulé sur le parquet. Miraculeusement intact, il étincelait à la lumière des bougies.

En bout de table, une assiette à moitié pleine de soupe à l’oignon semblait attendre qu’un convive s’intéresse à elle.

Dickie guida Verity vers un salon situé un peu plus loin dans les profondeurs de la maison. Une poignée de servantes s’étaient agglutinées devant la porte. Se tenant par les manches, elles tendaient le cou, sur la pointe des pieds, pour jeter un coup d’œil à l’intérieur de la pièce.

À l’arrivée de Verity, elles reculèrent et la saluèrent dans une série de petites révérences inutiles.

Elle entra.

Son ancien amant gisait, inerte, sur le canapé recouvert de tissu bleu foncé, une expression paisible sur ses traits détendus.

Quelqu’un avait dénoué sa cravate et ouvert le col de sa chemise. Cette mise négligée contrastait avec sa posture solennelle : mains croisées sur la poitrine, comme ces sculptures qui surmontent certains sarcophages de pierre.

M. Prior, le majordome, veillait le corps sans vie de Bertie. Voyant Verity, il s’approcha d’elle et se pencha pour lui chuchoter à l’oreille :

Délicieuse

- Il ne respire plus.

Elle-même sentit le souffle lui manquer. Elle réussit à demander :

- Depuis quand ?

- Depuis que Dickie est parti vous chercher, madame, répondit le majordome, dont les mains tremblaient légèrement.

Cela faisait donc... cinq, sept minutes peut-être ? Verity demeura figée un instant, dans l’incapacité de réfléchir. C’était impossible, voyons. Bertie était en parfaite santé. Il n’avait jamais été vraiment malade...

Elle alla s’agenouiller devant le canapé et, d’une voix douce, avec une familiarité dont elle n’avait pas fait preuve envers lui depuis dix ans, elle appela :

- Bertie ? Pouvez-vous m’entendre, Bertie ?

Elle n’obtint pas de réponse. Il ne battit pas des paupières, n’ouvrit pas des yeux éperdus comme l’aurait fait Blanche-Neige en s’éveillant de son sommeil empoisonné pour découvrir le Prince Charmant qui l’aurait ramenée à la vie.

Elle le toucha, pour la première fois depuis dix ans.

Sa paume était humide, tout comme sa manche de chemise amidonnée — mouillées probablement par le contenu du verre renversé. Sur la peau tiède à l’intérieur du poignet, elle ne perçut aucune pulsation. Elle pressa plus fort du pouce, à la recherche de l’artère.

Se pouvait-il qu’il soit vraiment mort ?

Bonté divine, il n’avait que trente-huit ans! Et il était en pleine forme. Il avait rendez-vous ce soir avec Mme Danner. Les huîtres qu’il aimait gober pour se revigorer après l’acte charnel reposaient en cet instant même sur leur lit de glace pilée, dans le garde-manger, et le beurre noisette n’attendait que le bon vouloir de sa chère Mme Danner.

Ce satané cœur refusait de battre.

Elle lui lâcha la main et se releva, l’esprit engourdi. Sa brigade était restée en cuisine, fidèle au poste. Mais le reste des domestiques, à l’exception des jardiniers et des hommes à tout faire qui travaillaient à l’extérieur, s’étaient rassemblés dans le salon.

Les hommes se tenaient derrière M. Prior. Les femmes s’alignaient derrière Mme Boyce, la gouvernante. Avec leurs uniformes noirs ceints de tabliers et leurs coiffes, elles formaient une sorte de muraille noir et blanc.

En réponse au regard interrogateur de Mme Boyce, Verity secoua lentement la tête.

Celui qui avait failli être son Prince Charmant n’était plus.

Jadis, il l’avait emmenée dans son château, mais c’était dans les cuisines qu’elle avait fini par trouver refuge, après avoir jeté au rebut ce qui restait de ses illusions perdues.

Là, elle avait repris le cours de son ancienne existence, feignant d’oublier qu’elle avait cru un temps devenir la maîtresse de cette respectable maisonnée.

- Il faut envoyer un télégramme aux notaires de monsieur, suggéra Mme Boyce. Ils doivent informer son frère qu’il est désormais l’héritier de Fairleigh Park.

Délicieuse

Le frère de monsieur.

Bouleversée par le décès brutal de Bertie, Verity n’avait pas pensé une seconde à son successeur. Mais elle avait à présent l’impression que ses entrailles tremblaient, telle la gelée d’un aspic qu’on aurait posé sans ménagement sur une table.

Elle hocha vaguement la tête, balbutia : - Si vous avez besoin de moi... vous me trouverez en cuisine.

Dans son exemplaire du Viandier de Taillevent1, à la page de la recette du poulet rissolé aux quenelles, Verity cachait une enveloppe de papier brun sur laquelle était écrit : « Liste des fromagers du seizième arrondissement. »

L’enveloppe contenait, entre autres choses, une coupure de presse qui provenait des journaux dont se servait le poissonnier du comté pour emballer sa marchandise.

L’article évoquait la récente victoire du Parti libéral aux élections législatives, après six années passées dans l’opposition. Verity avait inscrit la date dans un coin : le 16 août 1892. Au centre de l’article, une photographie au grain épais représentait Stuart Somerset.

Verity ne touchait jamais le papier, de peur que le contact de ses doigts finisse par brouiller l’image. Parfois, elle la fixait avec fascination, le nez presque collé à la feuille ; parfois, elle posait la coupure sur son giron, mais jamais plus loin, jamais hors de sa portée.

L’homme sur la photo avait la beauté virile et anguleuse d’un acteur shakespearien dans la force de l’âge. De loin, Verity avait assisté à l’essor de sa carrière : juriste renommé de Londres, il était devenu, avec l’accession au pouvoir du Parti libéral, le Chief Whip1 de M. Gladstone à la Chambre des communes.

Parcours impressionnant pour un homme qui avait passé ses neuf premières années dans un taudis de Manchester.

Si Stuart Somerset s’était hissé dans l’échelle sociale, c’était bien sûr grâce à ses propres mérites. Toutefois, Verity estimait avoir joué son petit rôle dans cette ascension fulgurante.

Afin qu’il devienne ce brillant politicien, qu’il soit au rendez-vous de son propre destin, elle avait eu la force de le quitter, lui, l’homme de la photo. Et, par là même, elle avait abandonné des rêves et des espoirs assez fous pour inspirer toute une génération de poètes.

Stuart n’habitait pas sa circonscription de South Hackney, mais l’élégante enclave de Belgravia. Il rentra directement chez lui et se

mit au travail. Il ne quitta pas son bureau avant 2 heures du matin, quand il estima avoir assez avancé dans son dossier.

Il se servit alors un whisky et but une longue, longue gorgée. La mort de Bertie l’affectait plus maintenant qu’au moment où on lui avait appris la nouvelle. Il avait le cerveau engourdi, mais cette torpeur n’avait rien à voir avec la fatigue. L’effet de surprise, sans doute. Qui aurait cru que la mort frapperait Bertie, entre tous ?

Il leva les yeux vers la photo encadrée posée sur une étagère, au-dessus de la carafe de whisky. Elle les représentait, son frère et lui, à l’âge de dix-huit et dix-sept ans, c’est-à-dire peu de temps après que la naissance de Stuart eut été légitimée par un décret du Parlement.

Que lui avait dit Bertie ce jour-là ?

– Tu n’es peut-être plus un bâtard, mais tu ne seras jamais l’un des nôtres. Si tu savais comme père a paniqué quand on a cru que ta mère allait finalement se remettre de sa grippe ! Tu es de la classe des gueux, des ivrognes et de la racaille. Ne va surtout pas te croire au-dessus de cette engeance !

Des années durant, chaque fois qu’il avait pensé à son frère, Stuart s’était rappelé cette scène : Bertie, si élégant, avec son froid sourire ; Bertie qui jubilait d’avoir réussi à lui gâcher cette journée mémorable.

Pourtant, le jeune homme de la photo, avec sa veste légère dont la couleur avait viré au rouille avec les années, n’avait pas l’air revanchard pour deux sous. Il était coiffé sans affectation, ses cheveux clairs séparés par une raie et simplement lissés en arrière. Bien campé sur ses deux pieds, une main glissée dans sa poche, il adoptait une posture qui se voulait pleine d’assurance, même s’il ressemblait à n’importe quel gamin de dix-huit ans soucieux d’afficher un aplomb qu’il était bien loin de posséder.

Stuart fixait la photographie. Depuis combien de temps ne l’avait-il pas regardée ?

Délicieuse

La réponse lui vint tout de suite. La dernière fois, c’était cette nuit-là. Il avait regardé la photo sépia par-dessus son épaule, tandis qu’elle l’étudiait avec une attention déconcertante.

- Vous le haïssez encore ? lui avait-elle demandé en lui rendant le cadre.

- Cela m’arrive, avait-il répondu, distrait par la proximité de ses lèvres roses.

Il se souvenait parfaitement de ses yeux de la couleur d’un océan tropical, et de sa bouche aussi douce et pulpeuse qu’un oreiller gonflé de plumes...

- Alors, moi non plus, je ne l’aime pas, avait-elle décrété, un étrange sourire aux lèvres.

Il s’était étonné :

- Vous le connaissez ?

Rembrunie, elle avait secoué la tête, et la tristesse était revenue dans ses beaux yeux bleus.

- Non, avait-elle dit. Je ne le connais pas du tout.

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